Je reviens d’abord sur les raisons d’une angoisse. Les symptômes surgissent généralement vers la fin de l’après-midi le dimanche. Une boule au niveau du ventre qui tiraille. Une boule dans le ventre qui permet de tout relativiser : l’énervement suscité par “vivement dimanche prochain” de Michel Drucker, l’angoisse que suscite le monde tel que présenté dans 7 à 8, l’ennui que suscite également le monde tel que présenté dans l’édition locale du 19/20. Une boule au ventre qui enlève sa saveur au kebab du dimanche soir. Ce petit supplément de tension qui empêche de dormir sereinement…LE LUNDI.
Une étude officieuse révélait récemment que ce sentiment de stress est beaucoup moins prononcé au sein d’une population de salariés déclarant avoir travaillé le week-end. Cette angoisse serait remplacée par un sentiment d’aigreur qui s’extériorise généralement par un “ben moi c’week-end j’ai bossé!”. (volontiers prolongé par un “comme un con” selon les experts) Dans les sociétés orientales, cette angoisse n’existerait pas puisque là-bas les week-end n’existent pas…
La raison de l’angoisse du lundi elle est toute simple en fait et pourrait se résumer en une question : “Qu’est-ce que t’as fait ce week-end?”
En 20 ans de carrière j’en ai vu des visages se décomposer suite à cette question vicieuse, des mains se mettre à trembler, des yeux chercher le plafond, des gouttes de sueur perler sur les fronts… J’en ai vu des collègues passer leur lundi à jouer la montre, à se cacher dans les toilettes et espérer passer entre les mailles du filet.Le lundi… c’est le moment où tout le monde se cherche et se jauge. C’est un combat où les puissants font régner la terreur dans l’entreprise. On prendra soin d’en détailler les différentes techniques d’approche.
Les prédateurs repèrent leurs proies et savent lâcher la question fatale au moment opportun. Les plus expérimentés se livrent à des joutes mémorables pendant des déjeuners collectifs qui prennent alors des allures de rendez-vous à ne pas manquer. Les frimeurs bluffent, ils surjouent. Mais je dis méfiance avec les loulous qui parlent d’expos, de concerts, de soirées privées… Au début on est naif on veut y croire. On boit leurs week-end “géniaux” et puis après on grandit. On apprend. On déchiffre les codes. “Ah oui? Ben raconte-le un peu ton week-end!” C’est souvent là que les chateaux de cartes s’écroulent. J’ai vu des mecs finir en larmes, en admettant leur mensonge le coeur rongé par la honte. “C’est pas vrai… j’suis resté à la maison… J’suis juste allé faire les courses chez Franprix…” Les couples mariés se rabattent derrière les poussettes. Les faibles traquent les stagiaires… ce qui peut parfois s’avérer être un choix douloureux. Parce qu’admettons que le stagiaire raconte sa soirée en boite du samedi. Il se sort de cet exercice de style avec panache et peut alors retourner la question avec audace à son assaillant : “Et toi??” C’est alors qu’il ne faut pas trembler face au vide de son week-end. Une chose est sûre, mieux vaut être sûr de ses acquis avant de chambrer…
Soyons honnêtes, le lundi ne laisse que des victimes derrière lui. Et dire que tout ça, on le doit à Bernard Menez. Vivement lundi on va tout s’raconter quoi… pourquoi on devrait tout se raconter? Mon week-end? Je n’ai ni l’envie ni le désir de le partager avec quelqu’un qui critiquera après coup ma manière d’occuper mon temps libre. Je ne vous salue pas M. Bernard Menez. Vous avez engendré des générations de névrosés flippant le dimanche parce qu’ils savent qu’ils n’auront rien à raconter à leurs collègues le lendemain. Pendant ce temps, vous, vous dormez tranquille.
crédit photo : Getty images





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