L’autre jour, je discutais avec Christian d’Aubigné, un collègue, et je lui faisais part de mon incertitude quant à la dernière publicité Head & Shoulders avec Richard Gasquet.
Cette réclame était à mon sens un plantage intégral. On y voit un Gasquet parlant au nom des hommes, chiant comme la pluie, qui ne pense qu’au foot ou à la console quand il ne joue pas au tennis. Pas l’ombre d’un clin d’œil à la cocaïne, pas l’ombre d’une pellicule.
Head & Shoulders c’est efficace. Mais alors qu’est-ce qu’on s’emmerde. Ça ne fait du bien ni au tennis, ni au tennisman, ni au shampoing.
Christian, la pub Head & Shoulders… on s’emmerde non?
_ Tout à fait.
D’Aubigné parle à mi-chemin entre l’homme politique et le commentateur sportif. C’est assez impressionnant.
J’irais même plus loin si vous me le permettez, en disant que cette publicité montre à quel point nous manquons aujourd’hui de grandes figures dans le tennis moderne.
Il marquait des temps de pause dans ses phrases comme seuls les professionnels de la communication savent le faire.
Tu penses à des joueurs en particulier? La génération des Leconte, Forget, Bahrami?
Sans aller jusque là, je pense que le circuit professionnel regrette ses Kuerten ou ses Rios.
Pris dans son exercice de style, il me vouvoyait.
Vous savez Morisset, les joueurs d’aujourd’hui n’ont pas la hargne d’un Thomas Muster, ils n’ont pas l’élégance qu’un Aaron Krickstein pouvait avoir sur un terrain. Ils n’ont pas le nez d’un Cédric Pioline.
_ Christian D’aubigné, pensez-vous que les bonnes choses se perdent aujourd’hui?
_ Pas tout à fait. Mais il est certain que certaines règles ne sont plus respectées. Aujourd’hui ce que je déplore avant tout, c’est peut-être la disparition de ce que j’appellerais “un certain esprit du sport”.
_ Merci.
_ C’est moi qui vous remercie.
Quel vieux con ce D’Aubigné n’empêche. “Regretter”. “Déplorer”. Je ne supporte pas les gens comme lui qui regrettent les choses telles qu’elles étaient il y a 10 ans. On peut être nostalgique. Mais pas au point de refuser la modernité. C’est une chance que le temps passe. En matière d’humour par exemple, je trouve qu’on a fait pas mal de progrès depuis Fernand Reynaud.
C’est comme les Marseillais de la génération 90 récemment invités au Vélodrome pour la rencontre face au grand Milan. Bruno Germain regrettait les parties de belote avec Manu Amoros, Bernard Pardo, Marcel Dib et JPP en déplorant qu’aujourd’hui les jeunes passent leur temps le casque vissé sur la tête à écouter leur rythm and blues.
Je sais pas… on n’aurait pas idée d’un homme politique qui regretterait Jean Lecanuet.
Il ne faut jamais sauter en marche du train de sa génération. Il y a un temps pour tout.
J’ai par exemple trouvé que les World Masters de Sydney flirtaient avec l’indécence. La place d’un senior est à l’hospice, ou au cimetière… mais jamais sur une piste d’athlétisme en train de lancer le poids.
Les dinosaures ont eu leur chance.
Je pense qu’il en va de la responsabilité sociale de chacun de savoir rester à sa place. De même qu’un Jean Sarkozy ne peut pas prendre le fauteuil d’un sexagénaire, je ne m’autorise jamais à écrire à ma femme en langage texto.
On peut bien essayer de nous faire croire que l’âge n’a pas d’emprise, que c’est une question d’état d’esprit essentiellement, qu’on peut rester jeune dans sa tête… On nous montrera des films où des Patrick Swayze quadra passeront leur temps sur une planche de surf… la réalité c’est que le temps passe. Et cette réalité veut qu’un beau jour, un homme atteint l’âge de maturité pour franchir le pallier d’une boutique Mephisto afin de s’y acheter une paire de chaussures.











Quand je lis tes premières lignes, on pourrait penser que cette mise en scène eut-été plus appropriée !
La première ligne de pellicules elle est gratuite aussi?
Conclusion parfaite. Quoi de mieux qu’une paire de mephisto pour symboliser un âge avancé? (une bouteille de suze peut être)
Je pense que quand un être humain rentre pour la première fois de sa vie dans certaines boutiques, parmi lesquelles Geneviève Lethu par exemple, mentalement on est assez proche de la reddition.
Moi je sais pourquoi Richard: un vieux chauve avec des pellicules, c’est vraiment pas ragoutant!
Et pour les Mephisto, l’idée est fabuleuse, il faut juste ne pas être en rééduc’ pour un col du fémur et avoir deux pieds valides.