26
Déc
10

Le Père Noël et Robin des Bois, même combat

J’ai pu avancer l’idée selon laquelle la période entre Noël et le Jour de l’an est une période creuse en terme d’actualité. En vérité, il n’en est rien. Je pense notamment au rebondissement dans l’affaire du Mediator.

Le Laboratoire Servier est dans l’œil du cyclone et l’assurance maladie menace de se retourner contre le fabriquant. Au moins je peux dormir tranquille, je ne risque pas de me retrouver avec un scandale Doliprane sur les bras!

Dans cette histoire, il est nécessaire de faire un recadrage. Moi je suis Docteur. Alors ça va peut être faire un peu Georgina Dufoix mais je ne suis coupable de rien. Soyons clairs. Le Docteur il examine et il prescrit. En gros je suis comme un soldat qui tire à la mitraillette. Si les balles sont pourries c’est pas de ma faute.

* Métaphore d’un médecin qui prescrit de bon cœur *

Mon boulot c’est pas de m’assurer que les médicaments sont bons pour la santé. Y’a des autorités compétentes pour ça.

En tout cas, je crois que le plus important c’est de savoir que je suis pas du côté des méchants.

Je suis pas au marketing pour le compte du Laboratoire Servier. L’origine du mal se trouve là bas. Et là-bas, personne n’a vraiment envie de savoir comment ils règlent leurs petites affaires…

J’en ai discuté aujourd’hui par téléphone avec une jeune interne dont je suis le directeur de thèse.

Elle est un peu idéaliste. Elle me disait que cette affaire de Mediator la scandalisait. (logique) Elle m’a aussi dit quelque chose d’intéressant :

De toute façon docteur, moi j’vais vous dire hein… c’est toujours les mêmes qui trinquent de toute façon!

Elle a la fougue de la jeunesse et donc elle dit beaucoup de conneries. Son approche assez simpliste des choses la conduit souvent à faire des raccourcis qui la desservent.

Néanmoins sur ce coup là, j’avais du mal de lui donner tort.

Et c’est pas ce qui s’est passé à Roissy Charles de Gaulle il y a quelques jours qui pouvait me faire changer d’avis.

Le manque de glycol, liquide servant à dégivrer les avions, a conduit à l’annulation de plus de 400 vols entre le 23 et le 24 décembre, contraignant plus de 200 personnes à dormir à l’aéroport. Vols pas remboursés, frais d’hôtels pas pris en charge, réveillon gâché… Un joli scandale. (sans parler du préjudice moral)

La preuve que c’était grave, Nathalie Kosciusko-Morizet s’est déplacée en personne pour en savoir plus. Les compagnies aériennes mettent la faute sur Aéroport de Paris. Et Aéroport de Paris aimerait bien trouver quelqu’un d’autre sur qui mettre la faute.

Mais le constat est implacable : les entreprises négligent de plus en plus la sécurité des usagers pour une bonne raison : il faut faire du profit. Je dis pas qu’elles le font de gaité de cœur hein, elles y sont quasiment contraintes…

Pourquoi on autorisait la vente du Mediator alors que la molécule était bannie dans le reste de l’Europe depuis des années? Pourquoi on manquait de glycol en plein mois de décembre? Posons nous la question ensemble. (en nous donnant la main)

Sauf qu’à la fin de l’histoire ce sont toujours les usagers qui paient.

Alors moi j’ai envie de demander deux choses.

1. Quand les gens trinquent, est-ce qu’ils se regardent dans les yeux par mesure de sécurité?

Parce qu’on sait ce qui se passe si ce n’est pas le cas…

2. Et que fait Robin des Bois??

C’est sympa de nous servir les mêmes conneries de Père Noël et de Robin des Bois chaque année. Mais là les opprimés dérouillent. Donc s’il existe il ferait bien de lâcher son micro et de se mettre un peu au boulot!

Crédit : Getty Images

Publicités

13 Responses to “Le Père Noël et Robin des Bois, même combat”


  1. 1 LJP
    26/12/2010 à 23:57

    Excellent article, j’aime beaucoup, j’ai commencé a lire depuis un petit moment et tes billets passent comme de petites chroniques qu’on pourrait presque faire oralement (tout en gardant les images de circonstance bien entendu).

    Que du bon. Continues.

  2. 2 Dr. Morisset
    27/12/2010 à 00:44

    Alors voilà typiquement le genre de commentaire dont je suis friand.
    Mais je veux dire, tant qu’à se tutoyer, j’aurais autant préféré que tu conjugues le verbe continuer à l’impératif correctement.
    à charge de revanche.
    moi je suis comme ça. je fais pas de concession.

  3. 27/12/2010 à 01:22

    Je NE fais pas de concession.

  4. 4 Dr. Morisset
    27/12/2010 à 01:45

    Ouais mais en langage parlé quoi.

  5. 5 Djiz (comme "semence")
    27/12/2010 à 04:03

    Doc, il est l’heure de botter des culs, parce que justement on en est plus aux permanentes eighties et aux « C’est pas MA guerre ». On est a l’nez en plein dans la merde et on s’étonne même plus d’l’odeur, y a quelque chose qui tourne pas rond au royaume de Danemark et Hamlet va faire le ménage…

    S’il pense à sortir de son château un d’ces quatre (ne serait-ce que pour descendre les poubelles).

    Sur ce, bonne branlette (ou pas).

  6. 6 Dr. Morisset
    27/12/2010 à 11:55

    Je crois que le problème si tu veux aujourd’hui, c’est que Robin des Bois a été happé par le système. Il bouffe au McDo, il achète son parfum chez Séphora…
    Fut un temps il serait volontiers sorti de sa forêt pour rétablir l’équilibre, sauf qu’aujourd’hui il peut pas parce qu’il doit regarder la fin de « qui veut épouser mon fils? ».
    Pis entre nous, qui veut prendre un coup de taser pour aider une famille délogée de son HLM aujourd’hui?

    La question est précisément là. En fait c’est une question d’énergie et de confort. Les culs à botter, ce sont les nôtres.
    Mais il faut avoir déjà essayé de botter son propre cul pour comprendre que c’est physiquement assez difficile.
    En tout cas, pas forcément besoin d’aller jusqu’à sauter en parachute pour se mettre en danger.

  7. 7 corrine
    27/12/2010 à 18:30

    « Les culs à botter, ce sont les nôtres. »
    bah.

  8. 28/12/2010 à 01:27

    Y’a plus qu’à Boycotter Roissy et le pharmacien.

  9. 9 Dr. Morisset
    28/12/2010 à 11:23

    On ne vivra dans la modernité que lorsque les Doliprane seront en vente chez les marchands de journaux…

  10. 10 Feel
    28/12/2010 à 12:08

    Cher docteur,

    Très bon billet comme d’habitude, je ne suis pas resté insensible à votre métaphore du médecin prescrivant de bon coeur. Ci dessous une situation (malheureusement) courant en médecine dite « de ville » :

    « Bonjour docteur »
    « Bonjour que puis je faire pour vous ? »
    « Ah je me sens pas bien docteur, j’ai un rhume »
    « Un rhume ? Attendez pas de problème, voici 15 médicaments (antibiotiques, vitamines, décongestif nasal, anti tussif, paracétamol, anti inflammatoires et/ou corticoides, bains de bouche, anti diarrhéiques, protecteurs gastriques, anti reflux etc…) à prendre pendant 2 semaines matin midi et soir »
    « Mais docteur c’est pas un peut trop ? »
    « Eh ? Qui a fais médecine ici ? C’est 22 euros »

    Notez la différence d’honoraire avec vous mais je ne doute pas que ça vient de votre talent :).

    Ceci dit cher docteur, permettez mon impardonnable insolence mais je me sens obligé de revenir sur votre remarque concernant le médiator.
    Je trouve que « Mon boulot c’est pas de m’assurer que les médicaments sont bons pour la santé. Y’a des autorités compétentes pour ça » ça ne se dit pas quand on est un homme de science.

    A mon humble avis, l’acharnement à faire payer les laboratoires Servier vient en partie du fait que les professionnels de santé sont conscients que divers organismes de surveillance comme l’AFSSAPS, la HAS et même l’assurance maladie (c’est dire) ont pointé du doigt l’inefficacité voire la dangerosité du Mediator. Or rien n’avait été fait. Les institutions sont en partie responsables aussi (d’ailleurs je crois savoir qu’elles se font taper dessus mais cela est caché au grand public)
    Je rappelle que le médecin doit des soins optimaux en l’état actuel de la science (cf code de déontologie) et que l’analyse critique des médicaments à travers les études est une compétence qu’on est en droit d’attendre d’un médecin.

    Pour finir, je dirai que je partage votre avis sur votre thésarde mais que si elle est mignonne et célibataire, je suis prêt à la rencontrer 🙂

  11. 11 Dr. Morisset
    28/12/2010 à 12:23

    22 euros aujourd’hui, et demain ça sera 23!

    Je suis d’accord avec toi hein, en tant que médecin on est obligé de se renseigner quand même un peu afin de ne pas prescrire du poison aux clients. Après bon il faut savoir qu’on ne touche rien sur la vente des médicaments. (raison scandaleuse pour laquelle on pourrait battre le pavé en 2011, quand il fera moins froid peut être)

    Je pense qu’on peut résumer tout ça en une jolie formule du type : « c’est business et compagnie… »

  12. 28/12/2010 à 18:05

    Je ne peux qu’approuver


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Si un cochon à réussi à devenir berger, un docteur peut bien devenir avocat!

Articles les plus consultés

Les articles à succès