03
Fév
11

Qui veut de moi, et des miettes de mes médicaments

Dans une carrière, on en voit des choses. Au début on prend tout à cœur et on souffre. Et puis à s’user les mains sur la corde, on finit par s’endurcir avec le temps.

On arrête petit à petit de faire la bise aux clientes, on ne leur met plus la main au cul. On apprend le détachement. On ne montre plus ses sentiments.

Et malgré tout je suis très agacé.

Car on cherche à vous faire croire que les médecins (représentés ci-dessous par un confrère un peu mou) sont des victimes.

Petit rappel des faits.

Libération vient de publier une vidéo d’un goût très douteux conçue par la filiale française du laboratoire américain Lilly afin de motiver ses visiteurs médicaux.

Il s’agit d’un mauvais détournement d’une pub Orangina mettant en scène un homme bedonnant, victime de calvitie, en train de se déshabiller sous la menace d’une panthère. L’homme en question représente le corps médical et la panthère représente les visiteurs médicaux.

On dirait du La Fontaine.

Le médecin est invité par le fouet à prescrire le Zypadhera, la dernière molécule du laboratoire contre la schizophrénie, sous peine de représailles.

L’affaire tombe plutôt mal pour Lilly à un moment où les médicaments dans leur ensemble sont pris dans les remous du Mediator.

Cette affaire tombe d’autant plus mal que les Français sont extrêmement méfiants envers les laboratoires. Au point que Christian Lajoux, le président du Leem, toujours plein de bonne volonté, avait appelé à une réflexion sans concession lundi dernier.

La DRH de Lilly a fait savoir qu’elle était choquée bien sûr mais ça fait rien. Ça tombe mal.

Et ça tombe mal pour tout le monde en fait.

1) Tout cela laisse sous-entendre que la santé est un business comme un autre (alors que la santé est un business noble). Nous ne vendons pas des abonnements au Reader’s Digest, comme pourraient le laisser penser les visiteurs médicaux.

Ces derniers sont accusés de faire de la France la championne du monde de la consommation de médicaments.

Je note au passage que les champions du monde de Handball finissent chez Denisot. Par contre les champions du monde de consommation de médicaments sont montrés du doigt par Martin Hirsch.

Cherchez l’erreur.

Selon l’assurance maladie, les nouveautés n’apportant aucun progrès seraient responsables de 45% de la croissance des dépenses en 2007. On l’aura compris, c’est une histoire de gros sous.

2) Ça laisse aussi sous-entendre que les médecins sont des espèces de fiottes (au sens de mecs qui n’ont pas de couilles, pas au sens d’homosexuels) à la merci des visiteurs médicaux.

J’ai vu une interview de Michelle Alliot-Marie se justifiant d’avoir emprunté un jet privé pour ses dernières vacances en Tunisie.

Elle a dit qu’elle ne démissionnerait pas.

Et je me suis dit

Dieu que cette femme est honnête! Nous devrions tous suivre son exemple.

Donc je vais être honnête. Je ne vais pas démissionner. Les médecins ne sont pas des victimes, surtout pas moi.

Moi par exemple, je ferme TOUJOURS la porte à ces vipères de visiteurs médicaux.

Le Dr Morisset il se laisse pas influencer comme ça. C’est pas une putain de girouette.

A l’heure où tout le monde pense profits, moi je pense d’abord au client. Ça fait des années que je travaille en conscience, dans le plus pur respect des traditions ancestrales. Je prescris pas n’importe quoi sous pretexte qu’on m’a poussé au cul.

Je vous invite d’ailleurs à venir me consulter.

Que vous ayez de la fièvre, des frissons, de la toux, le nez qui coule, des boutons ou autre symptôme exotique… faites moi confiance vous les aurez vos Doliprane!

Crédit : Getty Images

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3 Responses to “Qui veut de moi, et des miettes de mes médicaments”


  1. 1 Anon
    03/02/2011 à 11:20

    Je ne constate aucune différence lorsque je consomme du CoDoliprane® (contenant de la codéine) à la place du Doliprane®.
    Est-ce une arnaque ?
    Dois-je consulter ?

  2. 2 Dr. Morisset
    04/02/2011 à 21:31

    Anon je ne pense pas que ça soit une arnaque.
    Dans le doute, je conseille toujours de revenir aux fondamentaux : du Doliprane pur.
    Sachant qu’une petite consultation ne peut pas faire de mal. (dans l’absolu)

  3. 06/02/2011 à 22:28

    Je viendrai, promis.
    Cela dit, j’ai connu mieux que MAM en matière d’exemple déontologique.


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