09
Mar
12

Laisse tes yeux sur mes hanches

En début de semaine, j’ai déjeuné avec un ami psy.

Ces déjeuners sont souvent assez pénibles pour moi. Bien qu’on commence toujours par parler du PSG, ça se finit toujours par une psychanalyse à la con. Et lundi n’a pas dérogé à la règle : j’ai commencé par lui dire que je pensais que le PSG n’était pas encore une équipe de champions. Je lui ai dit que c’était une somme de talents mais pas encore une équipe, une somme de talents sans l’appétit du Lyon des années 2000 ni même encore l’ambition de laisser leur trace sur ce championnat.

Et puis après on est rentré dans le dur : je lui ai raconté mon week-end au Pompon.

Vendredi soir dernier, j’ai décidé de prendre mon célibat à bras le corps en allant chasser au Pompon.

Le Pompon, bar emblématique des nuits parisiennes s’il en est.

Je débarque, je fonce au bar. Je m’enfile quelques Suze. Puis je pars chauffer le dance-floor en face de deux Blacks qui ne me calculent pas. Je me déhanche comme un beau diable. Rien n’y fait. Pas un regard. Comme si le fait que je sois blanc veuille nécessairement dire que je n’ai pas une bite assez grande pour elles. Je ne représentais rien pour elles.

Blessé, je ravale néanmoins mon orgueil et cherche à rebondir le plus vite possible en enchainant sur une jeune fille d’une vingtaine d’années. Une brune pulpeuse et visiblement en recherche d’affection pour la nuit. Je fais sauter un bouton de ma chemise.

Je plaque les quelques cheveux qui restent sur mon crâne pour masque ma calvitie.

Et je m’élance. 2min d’efforts. Je ferme les yeux, je secoue la tête, je claque des doigts pour donner de l’intensité. Je la regarde. Je lui souris. J’en arrive au même résultat : elle ne me calcule pas. Une transparence complète. Comme si mon âge était synonyme d’une baise molle et sans intérêt pour elle.

Vexé, je finis par quitter les lieux tout en préservant ma dignité.

Je partage cette frustration avec mon ami psy qui me répond que comme beaucoup, je dépend un peu trop du regard des autres. (phénomène qu’on observe quand même le plus souvent chez les adolescents) Évidemment j’ai nié sur le coup mais force est d’admettre que j’ai un peu trop tendance à m’appuyer sur l’avis des autres me concernant.

Quand des clients me disent qu’ils trouvent que j’ai l’air sombre, je m’interroge.

En même temps c’est dur de ne pas faire attention au regard des autres. Et puis d’abord qui se sent suffisamment fort pour s’en affranchir? Les belles au bois dormant dépendent de leurs princes charmants. Les joueurs du PSG dépendent des applaudissements du Parc des Princes. Nicolas Sarkozy, François Hollande, Marine Le Pen également ne vivent que de ça, surtout en période électorale.

Et pourtant on sait que c’est de la connerie d’être trop sensible à l’avis des autres. Des fois quand on tombe sur un beau parleur, on peut en perdre son fromage.

Il faut essayer de se blinder et faire abstraction de ce que pensent les autres. J’ai des clients plein mon cabinet pour qui c’est pas facile d’assumer le regard des autres :  une homosexualité, un membre en moins, une trisomie 21, une vilaine brûlure au second degré, un fauteuil roulant… tout ça c’est pas facile à vivre dans la société d’aujourd’hui, cette société qui ne nous laissera bientôt même plus rentrer tout seul au Pompon le week-end.

C’est pas facile pour ces clients mais ils y parviennent. J’en profite pour leur passer le bonjour et leur tirer mon chapeau.

Moi personnellement j’ai plus de mal. Mais j’ai décidé de m’y mettre sérieusement!

J’ai arrêté de regarder les gens dans la rue. Je ne lis plus la presse people. Je ne regarde plus Morandini à la télé. Je lis Le Regard des Autres de Véronique Gaziello. J’ai acheté le Jean-Pierre Piotet sur la Réputation. Je relativise. Je me détache. Et franchement je ne m’en trouve pas plus mal.

Finalement, on se rend compte à quel point certaines personnes peuvent être superficielles. Lorsqu’on arrive enfin à passer outre ces considérations, les rapports humains deviennent tellement plus profonds et intéressants.

C’est donc libéré de l’hyper-artificialité de la vie que je suis allé hier faire mes courses chez Leader Price hier soir, en confiance.

Oui on peut fréquenter le Pompon et Leader Price dans une même semaine.

J’avais besoin d’une salade, j’avais plus rien à bouffer. Il était 21h40. J’étais en chaussons, avec mon paquet de salade à la main. J’espérais que ce crochet par la supérette ne me prendrait pas des heures. En général, vers la fermeture, le magasin est désert. J’arrive la caisse, la seule caisse ouverte. Devant moi se dresse une sorte de nana obèse avec un caddie prêt à dégueuler. Je la regarde en mettant mon paquet de salade en évidence. (un paquet de salade pour 1 personne en plus)

Elle me regarde d’un œil vide puis commence à décharger son caddie sur le tapis comme une belle façon de me dire merde.

La pute!

J’essaie de sensibiliser la caissière. Sans succès.

Je fais alors une dernière tentative avec un regard de cocker imparable.

Mais la pitié ne fonctionne pas : le pachyderme ne me laisse aucun espoir.

La comédie dure des heures. Au moment de payer, elle sort son porte-monnaie et commence à chercher des pièces!

C’était interminable. J’ai perdu patience.

Elle a senti mon agacement. Trop contente de m’emmerder, la connasse me nargue, me fait un sourire avant de laisser tomber quelques pièces par terre.

C’était trop. Je préparais mes arguments pour riposter. Je voulais lui faire mal. Tout en restant intelligent.

Et puis à la fin j’ai préféré ne rien dire et la regarder de manière très appuyée… au niveau de son gros bide dégueulasse.

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