18
Mai
12

Le changement, c’est pas demain la veille

L’autre jour, j’ai eu le plaisir d’accueillir un nouveau client, signe que mon activité ne se porte pas si mal somme toute. Ce mec travaille au sein d’un grand conglomérat international qui commercialise notamment une boisson énergétique bien connue, à base de couilles de taureau. Entre deux quintes de toux, le mec me racontait que son entreprise venait de lancer une nouvelle gamme.

En bon vendeur, il me conseillait d’essayer son nouvel arôme à l’occasion. Il m’a dit que je ne serais pas déçu.

Bien au contraire moi j’étais vachement déçu. Je ne reconnaissais plus cette boisson qui me permettait de suivre le rythme des plus jeunes en boite de nuit. Avec sa silver edition, la marque se mettait à faire ni plus ni moins ce que font toutes les autres en proposant sans cesse de nombreux parfums, pas toujours de manière très cohérente, pour pouvoir vendre toujours plus.

Le mec m’a dit que c’était surtout pour continuer à vendre car il est une vérité qui établit qu’il faut changer pour ne pas lasser les consommateurs. Les gens ils ont besoin de changement, sinon ils arrêtent d’acheter.

Ah la dure loi du marketing…

Le mec était curieux de savoir comment je bossais en médecine. Il m’a dit qu’il imaginait que moi aussi je devais être contraint d’être créatif dans mon boulot au risque de voir les patients partir pour la concurrence. Je l’entends encore me dire avec son petit air fier d’avoir sorti sa connerie :

Vous… vous devez sûrement… réinventer la santé chaque jour!

Réinventer la santé, tu parles d’une connerie! Je vais pas réinventer la roue. Ça m’a quand même vexé que ce con me compare à un marchand de tapis. Je suis pas comme lui. Faut pas tout mélanger. Alors je me suis senti obligé de faire à ce merdeux la leçon qu’il méritait.

Je lui ai dit que moi ça n’avait rien à voir. Moi je suis à l’abri. Je bosse dans un business relativement safe où les gens ont et auront toujours un pet de travers. S’il y avait quelque chose de sûr, c’est que les gens seraient toujours malades et auraient toujours besoin d’aller consulter. On aura toujours besoin de la médecine. Alors que fondamentalement on n’a pas vraiment besoin de Red Bull.

Il y a la concurrence certes, mais nous les médecins avont compris le système en s’inspirant du modèle vertueux du sport professionnel américain. Le numerus clausus ça sert précisément à faire en sorte qu’aucun d’entre nous n’ait jamais à se prostituer pour aller chercher du client…

Aujourd’hui, mes clients ils ont pas besoin de changement, même s’ils votent pour Hollande. Mes clients, ils ont surtout besoin d’être rassurés. Ils ont besoin de concret. Moi je bosse pas dans le monde de la nuit, je suis dans le dur.  En tant que professionnel, mon boulot c’est de restaurer la confiance. C’est de ça dont les gens ont besoin. Et la confiance elle se restaure avec du concret.

C’est pour ça que j’arrose avec du Doliprane.

Il faut une référence. Surtout aujourd’hui dans ce monde où on ne peut plus faire confiance à personne.

Aujourd’hui, on ne peut plus prendre le bus avec des pompiers gymnastes sans qu’ils vous foutent un doigt dans le cul.

Les pompiers gymnastes que les autres pompiers appellent affectueusement les pédoques.

Aujourd’hui les papys font pleurer leurs petits enfants. Parce que moi je les vois les papys vieux cons, du haut de ma fenêtre, en train de priver leurs petits-enfants de trottinette… Je les entends hurler les gamins qu’on prive de leur trottinette…

Salauds de papys! Moi qui croyais que la figure du vieux con avait disparu avec Tsilla Chelton…

Aujourd’hui, quand les clients vont voir leur docteur, c’est pas pour un numéro de claquette… c’est pour du cacheton!

C’est en substance ce que j’ai dit à mon connard de client : stabilité, concret, Doliprane.

Mais attention hein, ça veut pas dire que je suis chiant comme la pluie pour autant. Ça ne m’empêche pas de faire des blagues. Je sais pimenter mes consultations autrement qu’en étant original sur ma feuille de soins.

Et puis aussi ça m’empêche pas d’espérer faire fortune en gagnant au loto pour passer ma vie à kiffer sans rien foutre, loin des clients et de leurs germes. Faut pas croire.

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Si un cochon à réussi à devenir berger, un docteur peut bien devenir avocat!

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