28
Sep
12

Faut pas se moquer, pas comme ça en tout cas

On ne se refait pas, je fais toujours attention aux news médicales. J’ai eu ainsi  la bonne nouvelle de lire l’autre jour que Lula,  l’ancien président brésilien, était en rémission et que son cancer du larynx semblait lui offrir un peu de répis.

Lula a fait plein de trucs bien pour son pays : il a décroché la Coupe du Monde de Foot en 2014 et les Jeux Olympiques en 2016. Il a été nommé dirigeant de l’année 2010 par Time, ce qui équivaut en politique au Molière de la meilleure mise en scène.

Il mérite largement de vivre encore un peu. Je dis ça en pleine neutralité en plus, je n’ai aucune racine portugaise, Dieu m’en garde. (si Dieu existe)

Mais je me suis demandé… si un jour moi je meurs d’un cancer (ou d’autre chose)…de quoi on va se rappeler?

J’arrive il est vrai à un âge où le pourcentage de chances de choper un cancer augmente sensiblement. J’en suis bien conscient. Et le temps ne joue pas pour moi.

MÉTAPHORE DU TEMPS QUI PASSE

Le moment arrive donc de faire le bilan et de me poser la question de la postérité. C’est vrai, autant se poser la question maintenant que je suis pas encore malade : qu’est-ce que je vais laisser derrière moi? On se rappellera de quoi?

Je n’ai pas d’enfant. Ma femme s’est barrée (la garce), j’ai exercé pendant des années comme médecin, fait pas mal de marge sur le Doliprane, mais je n’aurai jamais connu la gloire du Dr Gübler. Mon plus glorieux fait d’arme en tant qu’homme de santé aura été d’avoir réussi à venir à bout de la pneumonie de Madame Bugnet à coup de paracetamol.

Et puis je me suis lassé, on se lasse de tout. J’ai embrassé la carrière juridique en quittant le Vidal pour jurer fidélité au Dalloz.

Mais il faut se rendre à l’évidence : je ne serai jamais le prochain Maître Vergès, malgré toute mon ambition. Et mon bon sens m’empêchera à jamais de devenir le prochain Maître Collard.

Qu’est-ce que je laisserai au monde, à part quelques crottes de nez sous quelques sièges UGC?

Forcément quand on arrive à un tel constat, de se dire qu’on aura vécu son paquet d’années, avec son paquet de souvenirs et son lot d’emmerdes, mais que finalement on ne va rien laisser derrière soi, pas même un nom de rue à Vaux le Vicomte… forcément on accuse le coup!

Dans des moments comme ça, on serait bien tenté de rien en avoir à branler de rien, et surtout pas de Charlie Hebdo et des Musulmans.

Et pourtant… Et pourtant il faut bien s’en occuper parce que ça commence à être sérieusement le bordel. Quand les policiers occupent les rues pour empêcher les gens de se rendre à leur lieu de culte, ça va trop loin. Et pourtant je suis athée.

On traite les Musulmans comme des supporters du PSG! Franchement, c’est pas parce qu’ils ne bouffent pas notre saucisson qu’on a le droit de les traiter comme ça.

Tout a commencé avec une vidéo. La communauté musulmane ne brûle pas des drapeaux pour le plaisir de brûler des drapeaux. Cette video malheureuse mettait en scène le Prophète de manière assez ridicule. Quand on sait leur attachement à Mahomet et leur passion pour l’harissa, il était normal qu’ils s’énervent.

La presse a ensuite pris le relais, montant à la defense de la liberté d’expression, notamment Charlie Hebdo qui en a profité pour remettre un peu d’huile sur le feu après Charia Hebdo et l’affaire des caricatures.

La liberté d’expression donne le droit de se moquer des institutions. Mais est-ce que la liberté d’expression nous donne le droit de faire de la merde? Parce qu’au delà de la parodie, il y a surtout le mauvais gout. Le fond du problème c’est que cette vidéo n’était pas très fine. (Je dis ça je ne l’ai pas vue)

Enfin on en revient à l’éternel débat de ce début de siècle et à cette citation du siècle précédent :

On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. (Pierre Desproges)

C’est pas que les Musulmans ne comprennent pas les blagues. C’est qu’ils ont un humour raffiné, c’est leur droit. Et moi je regrette je n’aime pas l’humour de Patrick Sébastien ou de Michel Leeb. Chacun sa merde.

Je parle comme un vieux con, c’est normal j’en ai l’âge. J’ai attendu presque toute ma vie pour pouvoir faire ça.

Si on veut se moquer du Prophète, qu’on le fasse de manière intelligente. C’est une question de respect, c’est comme demander son chemin à quelqu’un et lui imposer sa propre mauvaise haleine.

J’veux dire les Musulmans me foutent la paix, je vais pas emmerder les Musulmans. J’veux dire « ne fais pas aux autres ce que tu n’as pas envie qu’on te fasse. » C’est un principe de l’hindouisme. Putain peut-être que ce sont eux qui ont raison au fond?

J’veux dire on vit pas longtemps quoi (cf le président Lula), on a pas commencer à se faire chier comme ça pour des conneries pareilles… C’est une question de respect. Le problème c’est qu’il y a plus de respect.

Voila j’aimerais bien qu’on se rappelle ça de moi, de ma capacité à remettre les pendules à l’heure. J’aimerais bien qu’on se dise :

Morisset, il était pas toujours très efficace mais il faisait pas que parler de maquillage. Il avait pas peur d’aborder des sujets de fond. Et entre deux conneries, il lui arrivait parfois d’avoir des lumières.

Humblement quoi. Je crois que si les gens pouvaient se dire ça, ça m’apportait un certain réconfort post-mortem. C’est tellement important de laisser quelque chose derrière soi. (et pas qu’aux toilettes)

Jonathan Lambert par exemple? Qu’est-ce qu’il laissera derrière lui? De quoi on se souviendra?

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