07
Oct
12

Tout est en règle!

J’ai la passion de l’argument. J’aime donc quand les gens se livrent à des joutes verbales.

Vendredi soir dernier, j’ai été servi au cinéma. La salle était quasiment pleine, les spectateurs – qui sont aussi des Parisiens éreintés de leur semaine – étaient impatients de s’en prendre plein les yeux pour commencer leur week-end. Une dame d’un certain âge, accompagnée d’une amie, s’approche alors d’un jeune homme assis à côté d’un siège vide sur une aile au 5e rang. Classique. La vieille chouette pas gênée avait en tête qu’il aille s’asseoir au 1er rang afin qu’elle et sa copine puissent profiter des deux sièges, comptant un peu sur la politesse du jeune homme. Celui-ci décline la proposition, avec peu de diplomatie. La vieille dame s’offusque. Le jeune homme ne bronche pas. Un vieux assis juste derrière rentre dans la danse et prend la défense de la retardataire, au nom du troisième âge. Le jeune homme se sentant agressé injustement alors qu’il ne faisait chier personne, et ne voyant pas pourquoi il devrait aller s’asseoir au premier rang pour les beaux yeux ridés d’une femme qu’il ne connait même pas, commence à s’énerver.

Les débats s’enflamment. Après deux ou trois belles insultes, la jeunesse reprend finalement le dessus. Les deux vieilles sont allées s’asseoir au 1er rang et le vieux a fermé sa gueule. Et moi je me suis bien marré.

Après on pourra discuter du bon droit du jeune homme, de la légitimité du vieux ou du retard de la vieille. Moi je me demande si les choses auraient été différentes si une personne d’UGC lui avait demandé de le faire?

Transition élégante vers le film que j’allais justement voir : Compliance.

Compliance c’est l’histoire – inspirée de faits réels – d’un canular téléphonique qui finit mal puisqu’il finit dans la culotte.

Un pervers se faisant passer pour un agent de police, le lieutenant Daniels

… appelle Sandra, une gérante de fast food

… pour l’informer que Becky, l’une de ses employées…

… a volé l’argent d’une cliente.

Ça commence comme ça, ça dure 1h30, ça ne se passe qu’au téléphone, c’est psychologique (rien à voir avec les Seigneurs par exemple) et ça finit mal… dans l’arrière boutique.

Sandra, stressée par un week-end chargé, des problèmes de gestion du personnel, une certaine insécurité dans sa vie affective et aussi peut-être un peu jalouse de la fraicheur de Becky se montre coopérative avec le supposé agent de police. Celui-ci lui demande de procéder à la fouille de Becky afin de trouver où elle aurait pu cacher l’argent. Sandra s’exécute et emmène Becky dans l’arrière boutique où elle lui demande de se déshabiller. Déjà relativement humiliant sur le plan psychologique, la blague ne va pas s’arrêter là car le lieutenant Daniels ne veut rien savoir. Becky a l’argent quelque part, cette coquine, il faut le trouver! Sandra devant retourner au charbon finit par faire surveiller Becky par Van, son compagnon.

Van n’est pas un mauvais bougre, mais il est un peu bourré, seul dans une pièce où il doit surveiller une jeune fille attirante, nue sous son tablier.  Van sait qu’à son âge il n’aura peut-être plus jamais l’occasion de serrer une jeune fille pareille. Quand le policier lui demande de lui faire retirer son tablier et de se tourner afin de vérifier si Becky n’a pas caché des billets entre ses fesses, puis lui demande de lui mettre la fessée pour la punir… on a presque envie de le comprendre. Après tout c’est un policier au téléphone. Merde quoi. Et Sandra, sa compagne, a l’air complètement convaincue de la culpabilité de la jeune fille.

Bon quand le lieutenant Daniels ordonne à Van de se faire faire une fellation par Becky là on se dit qu’il aurait quand même pu montrer quelques signes de résistante morale. Encore que…

Apparemment des cas comme celui-là il y en a eu 70 dernièrement aux Etats-Unis. Et les Etats-Unis c’est pourtant pas la Mauritanie.

Compliance c’est une intrigue intelligente notamment parce que le pervers n’est à aucun moment présenté comme un détraqué sexuel, ce qui évite pas mal de raccourcis.

C’est un film dérangeant où on a évidemment envie de se moquer de ces abrutis qui acceptent de suivre les consignes suspectes d’un officier de police inconnu dont personne n’a vu l’immatriculation. On les trouve bien cons mais comment aurait-on réagi à leur place? Car le film décrit habilement comment faire sauter les barrières morales au nom de l’autorité. Une belle référence à l’expérience de Milgram.

Et une épilogue où tout le monde se pose en victime, épilogue insupportable aux Etats-Unis où le libre arbitre est roi :

À un officier de police (un vrai) qui lui demandera pourquoi elle a accepté de faire tout ça, Becky répondra pourtant que depuis le début elle savait que ça se terminerait ainsi. Une sorte de fatalisme qu’on retrouve assez souvent chez les péquenauds. Mais elle se sera déshabillée et elle aura sucé un vieux cochon… simplement parce que quelqu’un lui a demandé de le faire par téléphone.

À un présentateur de TV, Sandra s’estimera aussi avoir été la victime de ce canular alors que tout ce qui lui en coûtait c’était de réfléchir deux secondes et raccrocher son téléphone.

Donc réfléchissons un peu et questionnons un peu l’autorité… de manière appropriée toujours.

Arrêtons par exemple de savourer des menus bas de gamme initialement prévu comme un déjeuner de secours à manger en 5min sous prétexte qu’une grande chaîne nous promet qu’on peut venir comme on est et qu’en plus on va aimer ça.

Arrêtons un peu d’être cons.

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