06
Jan
13

Pour bien faire

Ce week-end j’ai eu la mauvaise idée de regarder un spectacle de flamenco sur une chaîne télévisée culturelle franco-allemande et j’ai été choqué par l’orgueil insupportable des Espagnols. D’ordinaire, peu de choses me choquent dans la vie mais que ces cons là se croient les rois du monde sous prétexte qu’ils ont gagné la Coupe du monde, c’est trop! Ils feraient bien de redescendre un peu sur terre. Ils feraient mieux de se lever plus tôt et de bosser un peu plus à la réduction de leur déficit.

Au lieu de ça, ils sont là avec leur air grave, à taper du pied sur la scène en gueulant Olé! ou Venga! toutes les deux minutes les bras levés…

Paco Pena and the flamenco dance company.

Franchement quelle comédie. J’aime bien le jambon Serrano mais là c’est ridicule.

Nous au moins quand on gagne la Coupe du Monde, on sait se tenir…

Sérieux la première chose que Jacquet fait en rentrant dans le vestiaire c’est de lancer la mélodie, tel un chef d’orchestre. Et que dire de Franck Leboeuf en slob… Le panache à la française.

Une élégance que les Ibères n’auront jamais.

Pendant le spectacle deux choses ont retenu mon attention. D’abord j’ai noté que chacun essayait tant bien que mal de bien remplir son rôle, respecter la rythmique et soigner ses transitions de façon à ce que le spectacle soit fluide.

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J’ai remarqué qu’une des danseuses était un peu à la traîne et j’étais touché par ses efforts pour récupérer son erreur.

Un peu comme la plupart d’entre nous finalement, esclave de la conscience collective et donc hanté par ce stress de bien faire les choses pour se fondre dans le moule et surtout ne pas se faire remarquer : ne pas faire d’erreur, ne pas parler trop fort, ne pas doubler par la droite, ne pas roter à table, ne pas faire pipi à côté de la cuvette (ce qui n’est pas toujours facile quand on fait pipi debout par exemple)

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La plupart d’entre nous seulement parce que j’ai aussi autre chose : la danseuse étoile – ou peu importe comment on l’appelle en flamenco – se tapait la bourre avec l’un de ses danseurs.

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Je l’ai senti à plusieurs reprises, il était clair qu’il y avait compétition entre les deux. Ils en faisaient des caisses pour essayer d’impressionner je ne sais pas qui. Et dans ce cas là, contrairement au précédent, il s’agit au contraire de se faire remarquer. La troupe on s’en fout.

Je repense à tout le stress subi par la jeune danseuse et je me disais quel gâchis. Finalement on s’en fout de tout ça.

Ce qui m’emmène à la conclusion terrible que ça ne sert à rien d’être consciencieux et de penser aux autres avant soi-même : on se fait toujours voler la vedette par un connard qui privilégie son nombril.

Non pas que ça soit facile d’être dans la robe de la danseuse étoile. Mais je dis juste que les nausées que la petite a dû ressentir avant de monter sur scène ce soir là étaient bien inutiles…

C’est comme ce client qui est venu me voir la semaine dernière, victime d’une réorganisation imposé par un grand employeur français, spécialiste des télécommunications et dont le nom peut créer une certaine confusion avec une certaine couleur entre le rouge et le jaune. Mon client se retrouve aujourd’hui sur le bord de la route, pour ne pas dire du trottoir…

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Vous avez le choix

Pauvre Jean-Louis! Heureusement que j’étais là. Parce que Jean-Louis moi je vais le défendre et ça va bien se passer. Ils va aller aux Prud’hommes et il va les toucher ses indemnités. Et ça sera bien fait pour son ex-employeur pour lequel Jean-Louis n’était devenu qu’une simple provision.

Le problème c’est que Jean-Louis est de la vieille école. Issu d’un milieu modeste, il a étudié dur pour faire son trou. Vous savez de qui je parle, des Jean-Louis il y en avait plein votre classe. Le mec sympa, souriant, pas très dégourdi mais bosseur. Il gesticulait juste ce qu’il faut pour garder le nez au dessus de la moyenne mais ça lui allait très bien. Chaque point grappillé au dessus de 10 était une victoire personnelle pour lui.

* RECONSTITUTION *

14

A force d’abnégation et d’heures sup, il avait réussi à obtenir un poste de cadre dans cette grande entreprise, ce qui faisait d’ailleurs la fierté de sa famille aux Antilles.

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Aujourd’hui sa vie est foutue parce qu’il est en dépression. Il ne comprend comment on peut lui proposer le choix entre accepter un nouvel emploi moins bien payé et nécessitant une compétence qu’il ne possède pas, ou partir an Albanie pour relever un nouveau défi excitant. Il n’arrive pas à trouver cette situation juste et ne comprend pas pourquoi ça lui arrive à lui qui fait pourtant du bon boulot, juste au dessus de la moyenne. Il a l’impression qu’on se moque de lui et qu’on ne prend pas en compte son investissement pour « la boîte ». D’accord il n’est pas le PDG mais quand même, le projet Enem ne serait pas où il en est aujourd’hui sans lui. Il occupait fièrement sa place dans un open space de 100 personnes. Au sein de son entreprise, il pensait qu’il était quelqu’un. (ils sont naïfs dans les îles quand même hein…)

Sa vie est foutue aujourd’hui parce qu’il est en dépression. Sa femme s’est barrée, en lui laissant les gosses. Tiens donc. Quand le bateau coule, les rats quittent le navire… Jean-Louis doit gérer son banquier avec le seul support de son conseiller Pôle Emploi.

Et bien c’est dommage tout ça.

Mais regardons les choses en face, Jean-Louis n’avait pas les épaules.

Donc Jean-Louis moi je vais le défendre. Pas de problème. Mais je vais aussi lui parler de l’Espagne et du flamenco. Et je vais lui expliquer que les spectateurs n’applaudissent pas tous les danseurs. Ils s’en foutent des danseurs. Personne ne se rappelle de qui a tiré le corner sur lequel Zidane a marqué sa première tête contre le Brésil.

Les spectateurs n’applaudissent que le connard ou la connasse au milieu qui est devant les autres à la fin du spectacle.

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C’est pour ça que les spectateurs paient pour leur billet. Ici personne ne paie son billet pour aller voir Jean-Louis.

Quand tout ça sera fini, je dirai à Jean-Louis de prendre du Doliprane et d’arrêter son Valium par défaut professionnel. Et surtout je lui dirai que le mieux pour lui et ses enfants, c’est qu’ils retournent à la Martinique.

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